Chronique Blues & Co
Marc Loison
La maturité fait parfois prendre de ces chemins de traverse qu’on n’aurait pas soupçonné étant plus jeune. Le parcours de l’homme d’expérience qu’est le lyonnais Jack Bon force le respect. Leader de Ganafoul dans les années 77-82, époque épique Crypto avec Little Bob, le blues a depuis bien longtemps repris le dessus avec une formation électrique sous son nom, et diverses expériences musicales. On le retrouve à présent en solo, pour un répertoire entièrement acoustique, baigné dans le blues des débuts. Un retour aux sources effectué par maints musiciens, américains compris, à l’orée de la cinquantaine. Le retrait vers l’essentiel ? La volonté d’un rapport plus charnel avec la musique ? La recherche d’un authenticité plus forte ? Une réponse aux nécessités économiques, pour ne plus avoir à nourrir de sidemen ? Peut-être bien tout cela à la fois…
Quoi qu’il en soit, l’exercice n’est ici ni vain ni stérile, loin s’en faut ! La dextérité digitale de Jack Bon est mise au service d’un répertoire fait de classiques signés Blind Willie McTell, Lightnin’ Hopkins, Willie Johnson, John Lee Hooker, Gary Davis, Fred McDowell, Mississippi John Hurt, Robert Johnson, Blind Blake… mais aussi John Fogerty pour un « Bad moon risin’ » joué boogie avec coeur. 17 titres live, 3 autres en studio ! les 20 plages totalisent plus de 50 minutes d’un voyage qu’on pourrait qualifier de ressourçant. La voix bien placée, un peu nasillarde, vit et vibre plein corps avec le répertoire. Retenons « You gotta move » pour son traitement rythmique inédit, « Hesitation blues » et « Mama don’t » pour son picking feutré, le medley « Make me a pallet on your floor / I’m satisfied » pour sa chaleur communicative.
Autour d’un feu de bois, dans un bar enfumé ou une grande salle luxueusement décorée de rouge, l’effet sera le même : celui de la rencontre entre un homme et sa guitare avec un public forcément captivé. Le talent seul permet ce genre d’osmose. Celui de Jack Bon est l’évidence même. |